ACTUALITÉS DE LA RECHERCHE

APPEL A CANDIDATURES 2022

 

Les candidatures sont à adresser avant 10 mars 2022, 23h, exclusivement de manière dématérialisée, en un unique document PDF à déposer sur la plateforme de candidatures, à l’adresse:

Pour les dossiers architecture: ici(link is external)
Pour les dossiers art: ici(link is external)
Pour les dossiers Création littéraire: ici(link is external)
Pour les dossiers Design: ici(link is external)

Aucun dossier envoyé par mail ne sera accepté.

L’audition des candidats admissibles à l’oral ainsi que l’annonce des résultats sont prévues le 7 juin 2022 à Rouen.

 

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RADIAL 

Janvier 2022

 

Edito 
Arnaud François 

 

Pour le numéro 4 de la revue Radial, l’ESADHaR a invité l’ENSA Normandie à prendre la direction de sa rédaction. Cette invitation par une école d’art auprès d’une école d’architecture est d’autant moins anodine qu’elle va à l’encontre de la séparation instituée entre l’enseignement des arts plastiques et celui de l’architecture depuis la fin des années 1960. À cette époque, pour l’architecture, il s’agissait de prendre son autonomie en réunissant dans une même formation les disciplines la concernant directement, tout en se rapprochant de l’Université et des méthodologies scientifiques d’analyse. Avec le temps, cette orientation a eu pour conséquence d’obscurcir le rapport entre art et architecture. D’un côté, dans les écoles d’architecture, il est devenu difficile de parler d’architecture en tant qu’art et création ; et, a contrario, les installations, happenings et toutes formes d’intervention artistique dans l’espace public sont quasiment assimilés à de la pratique architecturale. Pour honorer l’invitation dans cette revue d’art, l’école d’architecture a trouvé opportun de repenser l’architecture en tant qu’art ; à commencer par l’art propre à l’architecture, l’art de bâtir comme source d’une poétique se déployant dans le réel, et aussi en considérant les arts intervenant dans le processus de création architecturale.
Il s’avère que l’ensemble des articles tisse comme une cartographie de la manière dont la poétique permet d’éclairer la physique de l’architecture. En préambule à la présentation de chacune des contributions, il a semblé utile de les situer dans cette cartographie. La question est de savoir de quoi l’on parle lorsqu’en architecture est convoquée la notion de poétique. Les articles rappellent que, depuis la postmodernité, à ce sujet, les architectes convoquent moins leur propre art que les autres, principalement la littérature et le cinéma. Ces langages permettent de saisir le processus de signification, dans son dynamisme et sa subjectivité propre. Ils sont capables de représenter et de donner forme à ce process interne que l’architecture par sa matérialité et sa statique résiste à exprimer. Pour Hedia Ben Nila, Haïfa Miled et Mounir Dhouib, au sujet de Peter Zumthor, la distinction est radicale, l’art de la poétique, structuré par les mots et les images internes, est la condition de l’art de bâtir. On peut retrouver cette priorité chez Jeremy Hawkins, au sujet de l’exercice d’écriture poétique permettant aux étudiants de prendre connaissance d’un site en tant qu’amorce du projet. Avec Alissia Chauvat, au sujet de Bernard Tschumi, l’approche est différente car l’architecte fait appel au langage d’image qu’est le cinéma ; la poétique passe par les mouvements du corps et le surgissement d’événements, typiques du récit cinématographique. C’est avec Arnaud François, au sujet de l’architecture moderne, que la poétique s’inscrit dans un langage architectural destiné à donner à habiter la nature. Michel Matival, à travers Armand Pellier, enracine, quant à lui, la poétique dans la matière de la région, pour sa permanence et son histoire ; y compris pour des architectures à l’esthétique moderniste. Avec Brigitte Poitrenaud-Lamesi, et à travers l’œuvre de l’artiste Giuliano G. Mauri, c’est directement la nature qui devient la matière de l’architecture. Entre la poétique littéraire, la plus abstraite, et la poétique de la matière, la plus physique, se tisse l’univers dans lequel il est possible de saisir la palette des diverses manières de situer la poétique architecturale ; dans l’esprit, le corps ou la nature ? Il reste que dans la majeure partie de ces recherches, la question de la forme architecturale est peu abordée, comme s’il était établi que son achèvement était un frein à la manifestation d’une poétique.

La revue intègre également la rubrique Varia, ouverte à des articles hors thématique, et la rubrique « Doctorat Radian » où les doctorants en « recherche et création » peuvent relater l’état actuel de leur thèse, comme d’un de ses aspects.

 

Les arts de l’architecture

Dans « Ouverture de la pensée de Peter Zumthor au monde de la poésie comme vérité inattendue », Hedia Ben Nila, Haïfa Miled et Mounir Dhouib abordent l’œuvre de Peter Zumthor à partir du dialogue entre l’« art de bâtir » et « l’art poétique », s’effectuant par l’intermédiaire de l’« atmosphère ». Il s’agit de considérer comment une « création matérielle, tangible et vécue par l’usager dans la réalité physique », peut s’articuler à la création littéraire, « exprimée par le langage, celui qui offre une ouverture au rêve et à la rêverie » ; autrement dit, comment le « nuage poétique » devient atmosphère architecturale. Ici, la poétique architecturale est structurée
mentalement par la poétique de la parole et des mots.
Dans « Formes in/connues. Les pratiques poétiques à la lecture du site », Jeremy Hawkins relate son expérience d’enseignement en master à l’ENSA de Strasbourg, consistant à produire des récits poétiques « comme outils créatifs pour la lecture de sites afin de créer de nouvelles connaissances situées ». Tout en offrant un tour d’horizon de l’analyse de la pratique poétique dans la conception architecturale, l’originalité de l’investigation est de relater l’expérience poétique en process chez des étudiants allant à la rencontre d’un site de projet. La pratique poétique ne consiste plus à écrire de la poésie afin de rendre sensible un espace littéraire. Elle devient un moyen de prendre connaissance d’un site réel grâce à « l’enchevêtrement des
dimensions physiques, sensibles et imaginaires d’un espace », comme source de la conception architecturale.
Dans « La narration architecturale : une notion au cœur de l’interdisciplinarité artistique », Alissia Chauvat aborde la question du récit dans la conception architecturale. Sa réflexion concentre l’attention sur le rôle du cinéma dans la production de Bernard Tshumi, où l’image en mouvement est moins abordée comme rénovateur de la perception que de l’art du récit. Au cinéma, « l’espace fait corps avec le temps », au fil des événements qui surviennent. La forme architecturale n’est plus considérée comme une entité statique a priori car elle se dessine « progressivement selon le mouvement, le déplacement de l’usager et son appropriation des
lieux ».
Dans « Le langage de l’architecture et la nature », Arnaud François fait redécouvrir le langage de
l’architecture moderne qui, avant la postmodernité, n’était pas encore considéré à partir des théories littéraires. Ce langage est celui dont le vocabulaire est issu de la décomposition du corps de bâtiment en surfaces géométriques autonomes, et comme libérées de la pesanteur, qu’il s’agit d’articuler dans les trois dimensions de l’espace afin de révéler et de donner à habiter la nature. C’est un langage non verbal qui se déploie directement dans la plastique du monde. L’investigation est menée à travers l’analyse de quatre hérauts de l’architecture moderne : Franck Lloyd Wright, Le Corbusier, Mies van der Rohe et Louis Kahn. Dans « Un artiste devenu architecte : Armand Pellier (1910-1989) », Michel Matival revient sur le parcours atypique d’un architecte peu connu du sud de la France, Armand Pellier, qui, à la fin des années 1950, après une carrière de sculpteur sur architectures néoclassiques, entame une œuvre architecturale fortement influencée par celles d’architectes modernes comme Franck Lloyd Wright et Richard Neutra. Le fil conducteur entre ces deux périodes est la pierre calcaire de cette région ayant servi dans l’Antiquité à construire le pont du Gard. La matière devient le moyen d’enraciner l’esthétique moderniste dans l’histoire et la permanence d’une région.

Dans « L’architecte est second. Les cathédrales végétales de Giuliano G. Mauri », Brigitte Poitrenaud-Lamesi interroge les cathédrales végétales de l’artiste environnemental Giuliano Mauri. Pour l’artiste, l’idée est « de travailler sur la croissance même, le fait de sculpter avec la nature, dont […] en tant qu’homme, [lui] sculpte la matière comme second sculpteur ». La monumentalité devient organique et la forme, passagère, puisque les arbres finiront par retrouver leur liberté de mouvement, et la cathédrale redeviendra forêt. Il en ressort une puissance spirituelle à la faveur de laquelle le temps humain s’inscrit dans le temps de la nature.

 

Varia

Dans « J’ai vu le signe. Carnet de voyage », Rémi Groussin nous embarque à la découverte des enseignes américaines, dans un road-trip entre Las Vegas, Hollywood et San Francisco. Vestiges d’un temps où le panneau publicitaire était considéré comme l’extension de l’architecture, des enseignes dressent aujourd’hui leur silhouette muette dans un paysage générique. Si le texte raconte, en forme de journal de voyage, la dérive du protagoniste dans un Far West postmoderne, les photographies signent la disparition de cette culture architecturale.

Dans « Aucune autre source que nous », Apolline Brechotteau et Blanche Bertrand explorent avec délectation l’univers complexe des notes en bas de page, qui enfle les textes universitaires et autres. Il s’agit de voir comment de l’Antiquité à l’informatique, elles font autorité sur le texte en réflexion au point de pouvoir, parfois, prendre le dessus ; temporellement dans la lecture et spatialement dans la page, tel un hypertexte autonome.

 

Doctorat Radian

Dans « Vieux standards, nouveaux récits », Clément Hébert fait part de l’état actuel de ses recherches concernant l’installation, après la Deuxième Guerre mondiale, de maisons américaines standardisées, nommées UK100, en Normandie ; notamment 150 unités à la cité du Chemin-Vert, à Caen. Au regard d’une enquête sur le contexte de l’arrivée en France de ces « baraques » commandées à l’origine par le Royaume-Uni et l’analyse de leur conception et de leur implantation fonctionnelles en zone suburbaine, le projet consiste à inscrire ce genre de lotissements anonymes dans un grand récit et un imaginaire de mémoire visant à les ancrer dans le monde.

Dans « “Filmer la zone”, journal de terrain(s) », Misia Forlen restitue une partie de son travail sous la forme d’une carte en ligne, interactive et évolutive. « Entre journal de terrain et journal de recherche, cette carte permet de spatialiser les observations, réflexions, hypothèses, tout comme les images et les sons, issus du travail hybride de recherche et de création en cours. » La thèse vise à analyser l’habitat précaire de migrants situé à proximité des bassins d’emploi. La méthode de recherche passe par la réalisation de vidéos, comme moyen de provoquer des espaces de rencontre, et la projection de documentaires sur des situations similaires, comme moyen de produire de la complicité entre l’enquêteur et les personnes interrogés. « La création n’est pas seulement envisagée comme l’issue de la recherche, mais comme un processus actif, présent à toutes les étapes de la démarche. »

 

 

SOMMAIRE

 

Edito
Arnaud François

Les arts de l'architecture
1-OUVERTURE DE LA PENSÉE DE PETER ZUMTHOR AU MONDE DE LA POÉSIE COMME VÉRITÉ INATTENDUE
Hedia Ben Nila, Haïfa Miled et Mounir Dhouib.
2-Formes in/connues : Les pratiques poétiques à la lecture du site
Jeremy Hawkins.
3-LA NARRATION ARCHITECTURALE : Une notion au cœur de l’interdisciplinarité artistique.
Alissia Chauvat.
4- Le langage de l'architecture et la nature.
Arnaud François.
5- Un artiste devenu architecte Armand Pellier (1910-1989).
Michel Matival.
6- L’architecte est second. Les cathédrales végétales de Giuliano G. Mauri.
Brigitte Poitrenaud-Lamesi.

Varia
7-J’AI VU LE SIGNE - Carnet de voyage.
Rémi Groussin.
8-Aucune autre source que nous.
Apolline Brechotteau et Blanche Bertrand.

Doctorat Radian
9-Vieux standards, nouveaux récits.
Clément Hébert.
10-« Filmer la zone », journal de terrains.
Misia Forlen

 

 

La revue Radial fait prioritairement appel aux chercheurs des disciplines susceptibles d'être concernées par les domaines suivants : esthétique, arts plastiques, architecture, création littéraire, design graphique, cinéma, etc. 

 

La revue Radial est la revue de recherche de l’École Supérieure d’Art et Design Le Havre-Rouen (ESADHaR) qui, pour ce numéro, s'est associée à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Normandie (ENSA Normandie). Les deux écoles participent au programme RADIAN(Recherche, Art, Design, Innovation, Architecture en Normandie), du doctorat "recherche et création" en partenariat avec l’École Supérieure d’Arts & Médias de Caen/Cherbourg (ésam) et l’École doctorale 558 « Histoire, Mémoire, Patrimoine, Langage » (HMPL). 

 

Chaque numéro s’organise autour d’une thématique et de varias, le design graphique de chaque numéro est confié à un designer graphique différent. Le premier numéro est disponible au format pdf à https://esadhar.fr/sites/default/files/documents/radial.pdf 

 

Directeurs de publication : Thierry Heynen (Directeur),Alina Chisliac (ENSA Normandie), Marie-Josée Ourtilane (ESADHaR). 

Rédacteur en chef : Arnaud François (ENSA Normandie). 

Comité de rédaction : Maxence Alcalde (ESADHaR). Apolline Brechotteau (Université Cergy)Laurent Buffet (ésam Caen/Cherbourg). Dominique Dehais (ENSA Normandie), Lionel Engrand (ENSA Normandie), Helen Evans (ESADHaR).