TING-CHIA WU

« Le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé. » affirme Jean-Luc Godard. Je fais, comme cet Archéologue cinéaste, partie de grande inquiétude du présent. Il me semble nécessaire de construire une proposition esthétique du présent à travers les images du passé souvent obstinément tressées, afin de les traverser vers le futur. Le passé passe mal, la plupart du temps. Notre mémoire quel que soit singulière ou collective demeure ainsi à la réminiscence et à l’oubli du passé, telle qu’est représentée par Alain Resnais : celui qui pense avoir tout vu (Hiroshima Mon amour) et celle qui croit avoir oublié (L’année dernière à Marienbad). Un trou invisible réside en nous, selon Walter Benjamin, « Le passé est marqué d’un indice secret qui le renvoie à la rédemption. » Ainsi, le sentiment erre dans les lacunes du passé, comme dans les résidus de souvenirs enfouis. Alors, ici je considère que ma pratique esthétique a pour but de combler ce manque pour qu’adviennent une vérité.  

Montage

« Une image n’est pas forte parce qu’elle est brutale ou fantastique, mais parce que l’association des idées est lointaine et juste, dit Pierre Reverdy » Le rapporte de deux ou plusieurs images surgit le troisième terme qui résulte la contradiction mise en œuvre. À cet égard, c’est en effet faire ressortir l’âme sous l’esprit. Le montage, selon Jean-Luc Godard, chemin faisant est le premier pas, puis son ambition suprême : raccorder sur un regard ; faire prévaloir le cœur sur l’intelligence en détruisant la notion d’espace au profit de celle du temps.  

Mise en scène

Je m’intéresse à l’interprétation de la réalité par le biais de la mise en scène. Un peu comme l’image de la rêverie, le réel et l’imagination se mêlent. « J’aime l’idée que toutes ces inconsciences soient réunies sous la lumière des films jusqu’à ce qu’on se demande si les images projetées ne sont pas celles rêvées par les dormeurs, dit Apichatpong Weerasethakul. » Pourtant ce n’est pas tout à fait dans la révélation de l’inconscience, il doit être vrai. Mais ce n’est pas non plus le réel enregistré. J’ai envie d’estomper la frontière entre la fiction et le documentaire, selon Agnès Varda, Documentaire dispositif. Cela est illustré dans le film de JLG, Allemagne neuf zéro par la citation :  être là absent et présent oscillant entre deux vérités aléatoires, celle du document et celle de la fiction. 

En somme, faire le cinéma comme faire les Beaux-Arts, En effet, le cinéaste est l’artiste. Ils sont tous les deux un miroir du monde qui révèlent les problèmes de l’époque. Ensuite, ils créent les liens entre l’œuvre et le public et projettent des images qui bousculent nos perceptions. C’est un dialogue perpétuel avec le monde. Puis, finalement, Godard résume que le cinéma est comme tous les autres arts, la poésie, la peinture, la musique, etc. : l’expression des beaux sentiments.