ROXANNE CHAUSSALET

Elle est là, tout autour de nous.

Elle s'immisce partout, dans les moindres recoins,

Elle nous colle à la peau,comme une bête féroce.

Elle sort ses griffes,elle déchiquette,elle dévore,elle

tabasse,elle viole,elle ronge,elle détruit,elle tue.

La violence.

Je me suis toujours sentie dépassée.

Je me suis toujours sentie absorbée , engloutie par la violence du

monde.

Tout cela reste une très grande incompréhension pour moi.

Je me suis demandée, comment l'apprivoiser?

Comment vivre avec?

Comment la dépasser?

Comment s'en servir pour créer et non pas détruire?

Tant de questions auxquelles j'essaye , sans relâche de répondre.

J'aborde cette notion sous différents angles ;

D'une part d'une façon assez naïve, comme un enfant.J'essaye de

créer des mondes oniriques, en personnifiant mes peurs et en

essayant d'apprivoiser cette violence en lui donnant forme, en

racontant des histoires.

J'ai commencé à dessiner comme un enfant parce que je me sentais

comme une gamine perdue dans un monde beaucoup trop vaste.

Quand je perds pieds, c'est une explosion de couleurs.

Je peins pour combler le vide,

Je dessine pour trouver des réponses à ces « pourquoi » qui

sonnent comme des échos dans le néant :

Pourquoi le ciel est bleu ?

Pourquoi j'ai pas de zizi ?

Pourquoi papi va bientôt mourir ?

Pourquoi papa trompe maman ?

Pourquoi un jour on s'aime plus ?

Pourquoi on tue les animaux ?

Pourquoi le monsieur dort dehors ?

Pourquoi le policier tape le monsieur ?

Pourquoi les gens sont cons ?

Pourquoi je suis ici ?

Pourquoi je me sens seule ?

Pourquoi j'ai l'impression d'avancer à contre sens ?

Je pose les choses comme elles sont, comme un constat, comme une

question d'enfant, directes, honnêtes et sans filtre.

J'utilise la couleur comme une arme pour combattre la grisaille et

la morosité du quotidien.

J'envisage également la violence d'être femme et de vivre avec ce

corps qui dérange, ce corps polémique,et de tout les

questionnements qu'il induit :

Pourquoi je dois raser mes poils et porter des talons?

Pourquoi je n'ai pas le droit de coucher avec pleins de garçons?

Pourquoi je ne peux pas faire la même chose que les hommes?

Pourquoi on me demande de rester à ma place?

Pourquoi je dois accepter de passer au second plan?

Pourquoi je ne peux pas juste être une artiste et pas une femme

artiste?

Pourquoi mon sexe me colle-il à la peau et m'empêche de faire tant

de chose?

Enfin,j'aborde la violence de manière plus engagée ;

j'essaye de me servir de l'art comme d'un outil militant pour

faire changer les choses autour de moi et comme d'un exutoire à

cette colère qui monte.

Transformer la haine en moteur,

Inverser la tendance,

Donner du positif.

La colère comme moteur,

la colère qui se mêle à l'incompréhension

Agir pour mieux comprendre ,

Réagir,

Pour ne plus jamais se sentir impuissant.