De la perte de qualité des images sur scène

Maddalena Parise, Lacasadargilla (Rome)

Dans le cas particulier des  projections ‘sur scène’ ou d’installations visuelles à partir d’images préexistantes, la question de la qualité se pose d’emblée. Ces images réutilisées sont des objets ‘secondaires’ qui participent à la scène virtuelle d’un spectacle théâtral ou à l’espace visuel d’une installation. Elles peuvent être des images d’archives, des photographies, des fragments de films, des tableaux qui, tout en étant souvent chargés d’histoire, ne sont pas choisis en fonction de leur qualité intrinsèque, mais de leur disponibilité à perdre cette qualité pour participer à un contexte différent.
Les images sont reproduites, fragmentées, modifiées, découpées, morcelées, adaptées à des supports variés afin d’être ‘associées’ à un espace visuel ou à un discours dramaturgique dont elles ne sont pas le seuls acteurs. Elles sont efficaces précisément car dépourvues de leur propre qualité, elles peuvent véhiculer un signifié différent de celui dont elle sont porteuses, assumant ainsi un statut de véritables médiateurs.
C’est en perdant leur propre valeur et en acquérant une matérialité autre et souvent ‘impure’ – diaphanes, projetées sur des surfaces diverses, mises en série, déformées – qu’elles peuvent devenir complices d’une œuvre artistique complexe (installation ou mise en scène) dont les divers éléments concourent à la construction d’un sens stratifié et non univoque.

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Maddalena Parise est historienne de l’art et co-fondatrice du collectif scénique « lacasadargilla » à Rome.
Elle est auteure d’installations visuelles conçues avec son collectif aussi bien pour la scène théâtrale que pour différents festivals urbains, tels les installations et spectacles Slides, ritagli del tempo, Parme, Milan ; Art you Lost ?, Rome, Santarcangelo (lacasadargilla, Muta Imago et Santasangre), Linee di confine, un progetto intorno al Lear di Edward Bond ; IF/Invasioni(dal)Futuro, Rome ; Les Adieux ! Parole salvate dalle fiamme, Romaeuropa Festival.
Docteure de l’Université de Paris 1 – Sorbonne, sa thèse porte sur la construction de la ressemblance dans le portrait daguerréotype aux débuts de la photographie.
Maddalena Parise est auteure de nombreux études et articles et de l’ouvrage L’œil photographique de Daniel Arasse. Théories et pratiques d’un regard (avec Pauline Martin, Paris, Fage éd. 2012).