PENSER A NE PAS VOIR / Art Sequana 2017

 

// 14 janvier au 18 février 2017
// Vernissage vendredi 13 janvier à 18h30
// La Forme, Le Havre

 

« Or un spectre, c’est quelqu’un ou quelque chose qu’on voit sans voir ou qu’on ne voit pas en voyant,
c’est une forme, la figure spectrale, qui hésite de façon tout à fait indécidable entre le visible et l’invisible.
Le spectre, c’est ce qu’on pense voir, “penserˮ cette fois au sens de “croireˮ.
Il y a là un “penser-voirˮ et un “voir-penséˮ. »
Jacques Derrida, « Penser à ne pas voir »

« On dirait alors que ce qu’on appelle image est, un instant,
l’effet produit par le langage dans son brusque assourdissement.
Savoir cela, ce serait savoir que, dans la critique esthétique comme dans la psychanalyse,
l’image est arrêt sur le langage, l’instant d’abîme du mot. »
Pierre Fédida, « Le souffle indistinct de l’image »

Dans une conférence prononcée le 1e juillet 2002 à Orta (Italie) puis parue sous le titre « Penser à ne pas voir », le philosophe français Jacques Derrida (1930-2004) évoque des « aveuglement[s] « intrinsèquement propre[s] au voir même de la vue » . Parmi eux, le blind spot, la fameuse tache aveugle autour de laquelle s’organise physiologiquement la vision – une tache aveugle autour de laquelle s’organise, peut-être, tout notre être au monde : quelque chose d’une part manquante que dit, en creux, nombre des projets critiques ou curatoriaux que mène PA | Plateforme de création contemporaine.

Elle n’est pas vide, cette part manquante, elle est emplie d’images. Des images rémanentes, qui, comme le phénomène de persistance rétinienne, rejouent, d’une certaine manière, le point aveugle. Des hantises. Des images qui font écran. De projection bien sûr, mais pas que : elles sont aussi filtres, plus ou moins opaques – dénis, oublis, souvenirs vrais ou faux. Elles sont écritures, impressions, enregistrements. Photographies mentales – altérées, retouchées, parfois loin, très loin de leur référent lumineux. Et pour reprendre les mots du psychanalyste Pierre Fédida (1934-2002), ces images « ne reflète[nt] ni ne réfléchi[ssen]t en rien car elle[s] est [sont] le miroir-écran d’une vision qui, privée de mot, est dépourvue de regard. »

A travers les œuvres des artistes Estèla Alliaud, Blanca Casas Brullet et Pascal Navarro, l’exposition Penser à ne pas voir esquisse quelques « événements » au sens derridien de ce que l’on n’avait pas vu venir – des événements perceptifs autant que factuels. Elle tente de rendre compte du danger du regard, de son toucher aussi, de ce qui s’inscrit lentement en lui, en nous, ce qui marque et ce qui passe. De la difficulté de l’œuvre à se dire et de sa dimension aporétique , du danger du « vouloir-dire » sur lesquels écrivit également Derrida. Des images qui se dissolvent, de l’œuvre qui résiste. Du « retrait des vocables », du retrait du sujet, du retrait de la totalité (toute photographie étant fragmentaire). Où les mots viennent et surtout « se retirent » .


Marie Cantos & Maryline Robalo
  Dans Penser à ne pas voir. Ecrits sur les arts du visible 1979-2004, textes réunis et édités par Ginette Michaud, Joana Masó et Javier Bassas, Paris, Editions de la Différence, 2013, p. 58-59.
  Dans Le site de l’étranger. La Situation psychanalytique, Paris, PUF, coll. « Psychopathologie », 1995, p. 187.
  J. Derrida, « Penser à ne pas voir », p. 64.
  P. Fédida, « Le souffle indistinct de l’image », p. 188.
  Jacques Derrida, Apories, Paris, Editions Galilée, 1996.
  Id.


Estela Alliaud vit et travaille à Paris.
Elle participe régulièrement à des expositions collectives, en France et à l’étranger. Elle a déjà bénéficié de plusieurs expositions personnelles dont, récemment, La mesure du doute, qui inaugura le programme de rentrée de la BF15 à Lyon, en septembre dernier. En 2009, sa participation à Jeune Création (au Centquatre) lui a valu de recevoir le prix Boesner, décerné par un jury présidé par Xavier Franceschi, directeur du Frac Île-de-France.
Elle a également effectué un certain nombre de résidences de création qui ont donné lieu, entre autres, à l’édition d’imprimés et de multiples à l’image de celui qu’elle vient d’éditer avec La BF15 et le label Sleep Disorders.
Ses œuvres ont fait l’objet d’acquisitions par différentes collections publiques et privées.
Estèla Alliaud est représentée par PA I Plateforme de création contemporaine.

Blanca Casas-Brullet vit et travaille entre Paris et Barcelone.
Invitée par des galeries, institutions et festivals ou programmations vidéo internationales, son travail a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles et collectives en Europe et au Canada. En Normandie, c’est à la Galerie Martinville de l’Eshadar à Rouen que l’on a déjà pu découvrir ou redécouvrir le travail de l’artiste dans l’exposition Quant au livre 7 en 2012. L’année suivante c’est la Fondation Ricard qui recevait l’artiste au sein de l’exposition L’apparition des images sous le commissariat d’Audrey Illouz tandis qu’en 2016 c’est à l’invitation de Marie Cantos de participer à l’exposition Réparer à l’endroit de l’accroc le tissus du temps, qu’elle répondait
Ses œuvres ont fait l’objet d’acquisitions par de nombreuses collections publiques et privées.
Blanca Casas-Brullet est représentée par la galerie Rocío Santa Cruz à Barcelone et Françoise Paviot à Paris.

Pascal Navarro vit et travaille à Marseille.
Régulièrement invité à collaborer avec des commissaires d’exposition internationaux, telle que Caroline Hancock pour le Printemps de l’Art Contemporain à Marseille en 2015 par exemple, Pascal Navarro participe à des expositions collectives concomitamment aux expositions personnelles qui lui sont consacrées et aux foires auxquelles il est invité. En 2017, c’est à l’invitation de Paul de Sorbier, directeur de la Maison Salvan qu’il répondra, dans le cadre d’une exposition collective.
Ses œuvres ont fait l’objet d’acquisitions par différentes collections publiques et privées.
Il travaille actuellement à l’élaboration du premier ouvrage consacré à son travail.
Pascal Navarro est représenté par PA I Plateforme de création contemporaine.

 

COMMISSARIAT
Marie Cantos
Maryline Robala

ARTISTES
Estela Alliaud
Blanca Casas-Brullet
Pascal Navarro

 

  • La Forme / 170 rue Victor Hugo, 76600 Le Havre
  • 14 janvier au 18 février 2017
  • Vernissage vendredi 13 janvier à 18h30
  • Entrée libre du jeudi au samedi de 14h30 à 18h30

 

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Visuel : Estèla Alliaud. Travail en cours (détail), décembre 2016