Une magie, non un art

Rencontre entre Patrice Blouin (écrivain et critique d’art) et David Perreard (artiste)

Roland Barthes dans La Chambre claire écrit : « Les réalistes, dont je suis, ne prennent pas du tout la photo pour une "copie" du réel mais pour une émanation du réel passé : une magie, non un art. ». Et c’est justement en raison de ce statut magique que les pratiques vernaculaires peuvent intéresser Barthes autant que les chefs-d’œuvre des grands photographes. La magie de fait est partout : elle circule du plus beau portrait de Diane Arbus jusqu’au premier cliché venu « sans qualité ».

Or cette magie, qui n’est pas un art, n’est pas le fait de la photographie seule. Elle tient à l’ensemble des techniques de reproduction telles que le XIXe siècle les met en place. Films et enregistrements sonores participent eux aussi à ce régime nouveau de représentation dominé par la puissance (féérique, paradoxale) du document.

De manière à la fois proche et éloignée, le critique Patrice Blouin et l’artiste David Perreard s’intéressent à cette puissance spécifique des techniques de reproduction. Dans son dernier ouvrage, Les Champs de l’audiovisuel, Patrice Blouin essaye de repenser l’histoire des images en mouvement indépendamment du seul paradigme cinématographique en mettant en place une « politique des machines ». Quant à David Perreard, chacune de ses vidéos tourne autour de la reprise et du détournement d’un effet spécial. Pour l’un comme pour l’autre, il s’agit de repenser la pratique du film et de la vidéo non seulement comme de l’art mais aussi comme une forme (industrielle) de magie.