LE CLOUD DE LA GRAND'MARE

Projet : une plate forme interactive d’échanges d’image : Le Cloud de la Grand’Mare

Dans le cadre du laboratoire de recherche du Voir, ESADHaR.

Année 2016/2017

Ouverture en 2018

 

Nous profitons de l’emplacement exceptionnel de l’ESDAHaR (site Rouen) dans le quartier de la Grand’Mare (dit des « Hauts de Rouen »)

Ce quartier a été créé au début des années 60 sur le plateau au dessus de la ville historique. Il est constitué d’immeubles d’habitations, de pavillons et rassemble des personnes d’origines et de cultures très diversifiées.

Ce lieu géographique désigné comme « les Hauts de Rouen », regroupe divers quartiers construits pour répondre à l’augmentation de la population rouennaise, mais aussi fournir des logements à celle chassée par la réhabilitation des quartiers insalubres populaires du centre. La partie des « Hauts de Rouen » qui nous intéresse est le lieu dit « La Grand’Mare » (celui dans lequel a été réinstallée l’école des Beaux Arts de Rouen, après avoir été elle aussi délogée du bâtiment historique qu’elle occupait au centre de la ville depuis sa création.) Ce quartier (à l’instar des quartiers des « Hauts de Rouen ») est souvent mal connu des habitants du « centre » de Rouen (et bien sûr des visiteurs du site historique de Rouen en général.) Comme bien des « quartiers » (nom données aux cités construits dans l’après-guerre) celui-ci souffre au mieux d’une absence d’ « image » au pire d’une image négative (lorsqu’on tape quartier de la Grand’Mare ou « Hauts de Rouen » sur internet, apparaît les révoltes du quartier des problèmes liés à la drogue, émeute du quartier des Sapins en 1994, et essentiellement des images d’immeubles.)

Ces images sont imposées en générale de l’extérieur du quartier (presse locale ou nationale, projets d’architectes, déclarations d’élus, etc.)

La création d’une plateforme interactive sur internet (a photo sharing service) spécifiquement programmée pour répondre au mieux à ce projet permettra aux habitants du quartier de la Grand Mare de constituer un fonds iconographique fait d’images de toutes natures qui reflètera une image du quartier à l’identité multiple, vivante et en perpétuelle évolution. Ce dispositif mis en place sera laissé au libre usage des habitants eux- mêmes soit pour y déposer des images, soit pour les consulter.

Ce projet a pour but d’éviter toute image « globalisante », toute position « de surplomb » de notre part. Non globalisant car le contenu de cette bibliothèque d’image sera en perpétuelle mutation, à l’image des variations des populations du quartier. Non hiérarchique, car la définition du terme Image est à prendre au sens le plus large : il serait plus juste de parler d’artefacts visuels.

Les artefacts visuels créés par l’homme concernent non seulement les images, mais aussi tous les « signes visuels » (vêtements, mobiliers, écritures, ornements, effigies, symboles, bijoux, armoiries, scarifications, tatouages…) ainsi que les cadres urbains, monumentaux et architecturaux. Ces trois registres (images, signes, constructions) fournissent la quasi-totalité des artefacts qui composent nos univers visuels en tant qu’ils sont simultanément et foncièrement des créations sociales et culturelles.1

Opposé à toute idée de « portraits » ou d’ « d’identité » comme moyen de caractériser un lieu ou une personne ce projet est plus proche de la notion « d’archive » telle que la défends Michel Foucault 2: non pas « ce qui recueille la poussière des énoncés devenus inertes »(ib.) mais l’archive vue comme une pratique évolutive, comme « événements singuliers » (ib.), ensemble non « amorphe »(ib.), qui construit une histoire non « linéaire »

(ib) fait de rapport multiples et évolutifs. Une « mise à jour  jamais achevée, jamais intégralement acquise de l’archive » (ib.) afin de « non pas établir une identité par le jeu des « distinctions », mais par le fait que « nous sommes différence ». (ib.)

 

Différentes formes d’exposition et d’éditions pourront par la suite donner d’autres formes d’existences à ces images. Elles pourront notamment être l’objet de lectures plurielles, de classements selon des critères divers etc.

 

Colette Hyvrard

Professeure de photographie à l’ESDAHaR

 

 1Daniel Dubuisson & Sophie Raux (eds), A perte de vue, Les nouveaux paradigmes du visuel, Dijon, ed. Les presses du réel, 2015, p8 

 2 Michel Foucault, L’archéologie du savoir, Paris, ed.Gallimard, coll.tel, 1969 réed. 2014. 

 

POUR ACCÉDER AU SITE DU CLOUD DE LA GRAND'MARE :

http://leclouddelagrandmare.esadhar.fr/