BLANCHE BERTRAND

Distance, ce mot a vite raisonné dans ma tête, je me suis questionnée sur la manière dont l’être humain avait voulu abolir les distances. J’ai commencé par entamer une première phase de recherche sur les transports, leur mode de construction et l’impact qu’ils avaient eu sur la vie quotidienne. 

Par la suite, je me suis intéressée à la manière dont on appréhendait nos distances et particulièrement les « trop grandes distances ». En tant qu’être humain, notre échelle ne permet pas de nous figurer 300km ; on peut cependant se dire que c’est à peu près trois heures de trajet en voiture : en effet, c’est par le temps que l’on met à voyager que l‘on va estimer les distances, les points s’éloignent de nous à mesure que le temps augmente.

Cependant le temps, lui, varie énormément et on peut mettre pour un même nombre de kilomètres de 2h à 6h selon le transport employé, par exemple la voiture, le bus ou le vélo. Alors nos cartes pourraient se transformer. 

Petite aparté, les cartes que nous utilisons aujourd’hui ne sont pas « correctes » parce qu'il est impossible de mettre à plat quelque chose de sphérique (la Terre). La manière dont on présente nos pays, leur position et leur taille par rapport aux autres est faussée à cause de cet état de fait. Partant de ce principe, je me suis dit que je pouvais donc me permettre à mon tour de déformer notre topographie. Si les cartes que l’on connaît ne sont pas « justes » alors je pourrais en réaliser de nouvelles. Elles ne seraient pas les témoins de la topographie mais de la déformation topographique ressentie lors de voyages. 

J’ai réalisé 50 cartes qui témoignent de ces différences, en prenant en compte uniquement le temps de trajet selon le transport.  

Pour pouvoir constater à différentes échelles l’influence des transports, j’ai séparé mes cartes en quatre catégories : la périphérie des villes par rapport à leur centre, les villes entre elles au sein d’un même pays, les pays entre eux au sein de l’Europe et les pays entres eux au sein du monde. De cette manière, j’offre une forme de datavisualisation sur ce à quoi pourrait ressembler nos cartes si elle prenaient en compte nos nouveaux modes de transport, mais aussi des énormes déformations occasionnées, positives (réduction des distances) ou négatives (rallongement des distances). 

Avec ce dispositif, j’espère amener à réfléchir sur la manière dont nos transports influent sur notre vie, c’est-à-dire comment une ligne de bus peux contribuer au rapprochement ou à l’éloignement d’une commune, comment une ligne de TGV peux permettre de sauver l’économie d’une région ou encore, comment la création de circuits aériens et maritimes complexes participe à la création d’une « ville monde ». Ces cartes sont aussi là pour constater des disparités selon le mode de voyage, l’inaccessibilité de certaines zones du monde (si on n’avait pas les avions, par exemple).  Ces cartes sont des outils pour remettre en perspective notre manière de déformer notre monde selon la manière dont on se déplace sur et autour de lui.