Au seuil de l’image

Rencontre entre Estèla Alliaud (artiste) et Marie Cantos (auteure et commissaire d’exposition). 

Depuis 2013, Estèla Alliaud et Marie Cantos entretiennent une relation artistique privilégiée, faite de collaborations régulières et protéiformes.

Dans le cadre de ce colloque, elles échangeront sur les rapports entre sculpture et photographie dans le travail d’Estèla Alliaud, à l’aune de lectures communes, d’obsessions partagées et d’engagements voisins.
Elles s’interrogeront sur la place qu’occupe l’image dans leurs pratiques respectives, quand elles revendiqueraient plutôt, toutes deux, une approche spatiale et processuelle.
Ce faisant, elles tenteront de qualifier l’image en question – et ce dont celle-ci serait dépourvue. Il s’agira alors d’évoquer l’incertitude de l’image chez Estèla Alliaud, au seuil de plusieurs médiums (photographie – sculpture – peinture).

Qu’est-ce qui fait image dans des pratiques pauvres davantage liées à l’écriture, aux matériaux et aux lieux dans lesquels elles prennent place ? Quelle place accorder au geste ? Comment des sculptures et des installations peuvent-elles, à leur tour, devenir des images ? Quand et comment y dépasse-t-on les propriétés esthétiques pour glisser vers l’expérience phénoménologique et, surtout, comment des images sans qualités peuvent-elles faire événement ?
Peut-être au sens de « ce que l’on n’avait pas vu venir » que Jacques Derrida confère à l’événement, dans Penser à ne pas voir notamment. Pourquoi est-on « prié de fermer les yeux », pour reprendre le titre d’un ouvrage de Max Milner, et de s’attacher à « l’envers du visible » afin de voir, précisément, ce que l’on n’avait pas vu venir, et laisser l’image advenir comme événement paradoxal ?

De là, (ré)affirmer le gris, le neutre, l’invisible voire l’illisible, comme les expressions, a priori paradoxales, d’une certaine éthique et d’une résistance certaine.
Ou comment une image sans qualités peut devenir un geste infra-politique.

----------------------------------------- 

Estèla Alliaud (1986) est artiste. Elle appréhende les lieux où elle intervient, ainsi que les mouvements qui les traversent, comme une matière première dans laquelle le rapport au temps est primordial. L’expérience sensible, lente et silencieuse à laquelle invite sa pratique induit, pour le·la regardeur·se, la nécessité d’une observation accrue du non visible vers l’à peine visible.
Elle participe régulièrement à des expositions collectives, en France et à l’étranger, et a déjà bénéficié de plusieurs résidences de création et expositions personnelles dont récemment La mesure du doute à la BF15 à Lyon. Depuis deux ans, elle enseigne également à Paris 1 Panthéon-Sorbonne en licence arts plastiques. 

Plus d'informations

-----------------------------------------

Marie Cantos (1981) est auteure de textes, d’expositions, d’objets imprimés et de conférences performées ; elle intervient régulièrement en écoles supérieures d’art. Elle envisage ces activités comme différents déploiements d’une seule et même recherche.
Nourris de littérature et de psychanalyse, ses travaux se sont articulés ces dernières années autour des écrits de Pierre Fédida ; sans se départir d’un intérêt marqué pour les processus mémoriels, ceux-ci s’attachent aujourd’hui à observer les pratiques actuelles de certain·es théoricien·nes de l’art afin de formaliser la notion de « sub-théorie » (en référence au sub-urbanisme de Sébastien Marot). 

Plus d'informations

Plus...