Conférence LA BRICOLOGIE MODE D'EMPLOI

 

Conférence LA BRICOLOGIE MODE D'EMPLOI
Thomas Golsenne

Jeudi 17/12/15 de 14h à 16h
Salle des conférences du campus de Rouen

 

La technique est aujourd’hui, plus que jamais, présente dans nos vies. Sans nos ordinateurs, nos smartphones, nos machines à laver, nos voitures, nos médicaments, nos centrales électriques, nous sommes perdus. Ce développement exponentiel de la technique dans le monde contemporain suscite généralement deux réactions opposées. Ou bien l’enthousiasme bruyant des technophiles, qui voient l’humanité progresser à mesure de l’histoire des techniques. Ou bien le pessimisme anxieux des technophobes qui voit de jour en jour s’affirmer le contrôle de l’humanité par les machines.

De quel côté est l’art ? A première vue, l’art s’est édifié au-delà de, ou même contre la technique. De Léonard de Vinci à Marcel Duchamp, l’art a été pensé comme une cosa mentale et pas manuale. L’art est-il technophobe ?
Si l’on y regarde de plus près, les choses sont plus compliquées. Face au développement industriel, l’art a pu constituer une poche de résistance artisanale, anachronique. Bon nombre d’artistes, et surtout à l’avant-garde, se sont passionnés pour les nouvelles technologies. Et aujourd’hui on assiste à un regain d’intérêt important pour les pratiques manuelles, les savoir-faire, le métier, comme en témoignent nombre d’expositions récentes. Est-ce le signe d’une tendance réactionnaire actuelle, qui verrait dans ce retour à la main le retour aux « vraies » valeurs de l’art ?

Pour y voir plus clair, pour comprendre la place que la technique occupe dans les pratiques artistiques contemporaines, il faut adopter un point de vue que peu de critiques d’art, d’historiens ou de théoriciens de l’art partagent, car ils sont majoritairement intéressés par l’art exposé. Il faut regarder comment les artistes travaillent, comme l’œuvre d’art vient à l’existence. Ce point de vue, je l’ai baptisé bricologie. C’est comme un monde inconnu qui s’ouvre alors devant nos yeux.

  • Thomas Golsenne, docteur en histoire de l'art, a écrit sa thèse sur Carlo Crivelli et l’ornementalité au Quattrocento. Il est ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome et ancien professeur aux Beaux-Arts de Paris ; il enseigne actuellement l'histoire des arts visuels à la Villa Arson (Ecole Nationale Supérieure d’Art) à Nice. Il a notamment co-publié une nouvelle traduction en français du De Pictura de Leon Battista Alberti (Paris, Seuil, 2004), co-dirigé Adam et l’astragale. Essais d’anthropologie et d’histoire sur les limites de l’humain (Paris, Éd. de la MSH, 2009) et La performance des images (Bruxelles, Éd. de l'Université de Bruxelles, 2010), et a publié divers articles. Il a organisé deux expositions, dont Bricologie. La souris et le perroquet (avec Burkard Blümlein et Sarah Tritz) sur les techniques des artistes contemporains (Centre National d’Art Contemporain de la Villa Arson, février-août 2015) et coordonné plusieurs colloques. Il dirige l’Unité de Recherche Bricologie à la Villa Arson. Il a récemment publié Pascal Pinaud. Serial Painter (Genève, 2014).

Visuel : Guillaume Gouerou, Metatron Project, 2014-15, photo Thomas Golsenne

Conférence réservée aux étudiants de l'ESADHaR