Expo / DIPLOMES 2018 de l'ESADHaR et de l'ésam Caen-Cherbourg

  • Abbaye-aux-Dames de Caen
    23 février au 07 avril 2019
    Vernissage le lundi 04 mars à 18h30
    Evènement Facebook
    Entrée libre tous les jours de 14h00 à 18h00

  • Hôtel de Région de Rouen
    28 février au 05 avril 2019
    Vernissage le mardi 12 mars à 18h00
    Evènement Facebook
    Entrée libre du lundi au vendredi de 09h00 à 18h00

À l’initiative de la Région Normandie, l’exposition Impossible n’est rien met à l’honneur la jeune création normande en rassemblant pour la première fois des artistes diplômé.e.s de l’école supérieure d’arts & médias de Caen / Cherbourg et de l’École Supérieure d’Art et Design Le Havre-Rouen.

A l'Abbaye-aux-Dames de Caen sont présentées les oeuvres de :
- Anne-Sophie Bocquier
- Paul Caharel
- Cyprien Desrez
- Antoine Duchenet
- Madeline Grammatico
- Alexandre Nicolle
- Nicolas Tretout
- Alexie Turgis

A l'Hôtel de Région de Rouen sont présentées les oeuvres de :
- Garam Choi
- Mélissa Mérinos
- Alexandre Nicolle
- Lou Parisot
- Alexie Turgis
- Amalia Vargas.

Le commissariat de cette exposition a été confié à :
- Marie Gautier, directrice artistique du salon de Montrouge depuis 2016 et commissaire indépendante
- Licia Demuro, coordinatrice des trois derniers salons de Montrouge et commissaire indépendante.

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« L’impossible » est, par nature, ennemi de l’ambition humaine qui se construit dans le pouvoir d’imagination, de créativité et se projette dans un futur que l’on espère toujours meilleur. C’est grâce à cette capacité à penser le monde autrement, à le façonner selon de nouveaux systèmes et équilibres qui sont à inventer, que le mot « impossible » est souvent écarté des dialogues. S’il est employé, c’est pour mieux en défier le sens et prouver que « rien est impossible », ou plutôt, qu’« impossible n’est rien », comme le proclame un slogan publicitaire historique forgé par une célèbre marque de vêtements de sport dans les années 1970. Ce sentiment de défiance, mêlé à celui de la performance personnelle, a amplement été cultivé par l’économie libérale des sociétés occidentales, à travers le marketing et la culture de masse.

Une esthétique de la séduction, de la puissance et du plaisir, accompagnée d’une matérialité tout artificielle, prometteuse de béatitude et longévité, continue à se développer en parallèle d’une désillusion grandissante pour notre monde actuel, que l’on sait précaire, conflictuel, pollué et épuisé de ses ressources. Révélatrice de revers sombres, cette esthétique illusoire influence notablement les jeunes générations d’artistes qui s’emparent de cette promesse de bonheur et de liberté pour en cultiver les fantasmes et en révéler ironiquement l’ambiguïté.
L’exposition Impossible n’est rien propose une sélection d’oeuvres à la nature hybride où se côtoient le ready-made industriel et le savoir-faire artisanal, regorgeant d’ingrédients doucereux, empruntés au quotidien mondialisé, que l’on redécouvre transformés, biaisés, porteurs d’une certaine incongruité. Ces ingrédients sont multiples et vont de nos pratiques de consommation aux gestes de la vie courante, des produits et objets que nous cumulons aux relations que nous entretenons avec ces derniers, de nos pratiques sentimentales du rêve à la dure réalité de l’existence...
On y retrouve une génération aux prises avec le besoin de réussite incarné par l’argent et le luxe, la mondialisation et le déplacement banalisé, entre tourisme de masse et migration forcée.

Dans les salles de l’Abbaye-aux-Dames, à Caen, les oeuvres se dissimulent derrière des objets ordinaires, joyeux dans leurs couleurs et leurs textures, au coeur d’un univers de supermarché. On se balade entre aliments, boissons, pubs, cartons, plantes, t-shirts, à l’aspect à la fois anodin et absurde. Leurs formes sont explorées du point de vue de leurs particularités propres et de ce qu’elles véhiculent du point de vue de l’espèce humaine, comme les perceptions, les gestes, les usages sociaux. Ainsi, les t-shirts des artistes Alexandre Nicolle et Paul Caharel détournent l’invention culturelle de la marque, l’un par la création de sa société SAVATI aux couleurs locales de la Normandie , et l’autre en jouant du graphisme de célèbres griffes de vêtement de sport qu’il a assemblées sur un seul et même t-shirt selon une composition revisitée et subjective. Alexandre Nicolle pousse encore plus loin la question de la marque faisant de n’importe quel objet un élément commercial de sa société inventée, telles que ses boîtes en carton - leitmotiv de l’exposition que le visiteur retrouve dans les trois salles -, ou ses bouteilles de Calvados vendues à la sauvette. Le local et l’ailleurs se frôlent dans un jeu aux mobilités incertaines : entre voyage immobile (Escapades en Italie, Asie et États-Unis depuis ma chambre de Cyprien Desrez, Des semelles de plomb de Paul Caharel), l’envie d’exotisme (#Sunset de Nicolas Tretout, les plantes architecturées d’Anne-Sophie Bocquier), et la réappropriation identitaire et touristique de son propre patrimoine (Série Normandie et Série French de Cyprien Desrez). Au coeur de cette délocalisation réelle ou fantasmée, incarnée par l’omniprésence de l’objet, les artistes posent notamment la question de la production matérielle ainsi que celle de la sérialité, en questionnant plus particulièrement leur propre production en tant qu’artiste (52% de Madeline Grammatico, Série évolutive d’Antoine Duchenet). Les processus gestuels, la manualité à l’épreuve de la matière, l’aléatoire et l’erreur sont explorés en tant que systèmes plastiques à part entière, le résultat n’étant qu’une étape parmi d’autres.

Dans la salle de l’Hôtel de Région de Rouen règne une atmosphère plus dissonante, annoncée par d’anciennes gravures et peintures à moitié coulées dans du béton et du plâtre par Amalia Vargas (Formes concrètes). L’effet paillette de la consommation de masse a laissé la place à une inquiétante étrangeté qui se dégage des oeuvres présentées. Elle découle des effets collatéraux d’une société ultra-surveillée aux pulsions uniformisantes (Garam Choi, Le Havre), où le rêve d’une existence meilleure et normalisée influence les trajectoires des êtres (Mélissa Mérinos, Cap Blanc Nez). Loin detomber
dans la passivité, les oeuvres encouragent à la résistance, comme La Tapisserie d’Alexie Turgis qui, à travers le déploiement sur quinze mètres de long d’une iconographie de la lutte, souhaite témoigner du présent en remettant « du temps sur des images » de l’actualité, « aussi bien dans l’acte de les regarder que celui de les créer ». Les pratiques artisanales sont employées comme geste de résilience tout en se mêlant aux pratiques de recyclage actuelles. Tel est le cas des étranges personnages faits d’assemblages aux matériaux hétéroclites de Lou Parisot (Eye extension et Sans-abris abritée) qui transforment des phénomènes contemporains en métaphores corporelles.
On (re)découvre une nouvelle génération d’artistes qui s’empare du réel comme d’un matériau à part entière pour stimuler l’imagination et explorer d’autres regards sur la complexité du monde.

Licia Demuro & Marie Gautier,
curatrices

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Paul Caharel, Montrer les griffes, 2016,
débardeur blanc, encres, cintre métallique, 60 x 45 cm

 

Alexandre Nicolle, Vaisselle IKEA, 2017,
argile, acrylique, 80 x 60 x 40 cm

 

Antoine Duchenet, Sans titre, 2018,
installation, dimensions variables

 

Cyprien Desrez, Série normande,
quatre dessins encadrés, 18 x 25 cm chaque

 

Amalia Vargas, Formes concrètes, 2016
plâtre, béton, cadres décoratifs, dimensions variables

 

Garam Choi, Le Havre, vidéo boucle, 9’4’’

 

Mélissa Mérinos, Cap Blanc Nez , 2018
impression numérique d’après négatif,
contrecollage sur médium, 85 x 130 cm